• L'Audacieuse Compagnie

Frichti # 2 / Aujourd'hui, j'ai fait des cookies



Aujourd'hui, j'ai fait des cookies.

La recette de folie

150 g de sucre roux/2 œufs/200g de farine (blé ou riz) / 1demi sachet de levures/100 g de beurre fondus/1cuill. À café de vanille liquide/et ensuite soit 200 g de pépites de chocolat ou des myrtilles séchées ou de la noix de coco… Ce qui vous fait de l'envie.

Bon appétit !

Avant de partir, promenade dans mon jardin, je leur ramène des aromates du potager :

Fleurs de camomille, verveine, sauge, romarin, fleurs de Capucine, origan

Bouquet de senteur couleur bonne humeur.

Dans le coffre : mon accordéon

Je rentre dans la salle, mais personne n'est arrivé.

Andy m'explique qu'aujourd'hui, j'ai de la concurrence, il y a braderie au rez-de-chaussée, pas de soucis, je m'adapte et puis comme ça, j'aurais plus de temps avec chacun, un mal pour un bien !

Finalement, ils sont 6. Je retrouve Jim, Marie Yvonne et Karina. (Andy me fournit un trombinoscope et je me rend compte de leurs vrais prénoms Joaquin et Carminda, je souris et puis je me dis Jim et karina pourquoi pas si ils préfèrent comme ça!) Trois nouvelles venues : Muguette, Maude et Claude, je ne sais si elles reviendront, en tout cas, j'ai été heureuse de les rencontrer. Cette nuit, je n'ai pas dormi, insomnie, je me sens calme, besoin de douceur, l'ambiance est étrange et cotonneuse.

Marie Yvonne m'annonce qu'elle a perdu son frère il y a deux jours, il est tombé dans l'étang. j’apprends que Jim est coiffeur et que Karina aussi. Jim fait des mandala, au jour d'aujourd'hui, il en a fait 105 et il lui faut à peu près deux jours pour en faire un, je lui ai commandé un mandala pour moi. J'apprends que dans son appartement à Vitré, il avait une pièce juste pour regarder des films avec projecteur et tout et tout, au total, il avait 300 DVD, la semaine dernière ils ont regardé Les Choristes. Il me reparle un peu de la paella. Jim aime parler, c'est simple pour lui, il est gentil, curieux. Karina aime couper les cheveux, j'apprends qu'il y a quelques jours elle a coupé les cheveux de sa sœur, à la fin sa sœur a pleuré, elle n'aimait pas la coupe, alors Karina a pleuré aussi ça lui a fait de la peine que sa sœur ne se sente pas belle. La voix de Karina est incroyable, un murmure, ses yeux brillent comme ceux des enfants. À ma droite une nouvelle, elle s’appelle Muguette, elle est née le 1er mai, c'est sa mère qui a choisi, quand elle me dit son prénom, je sens une grande fierté, elle me donne son truc à elle, sa particularité, son signe distinctif, son super pouvoir. Elle me raconte qu'un jour elle a chanté et que c'était drôlement émouvant. Muguette est perdue, ça fait une semaine qu'elle est là, et puis après elle me dit 3 jours et puis quand elle s'en va, elle me dit une journée. Je sens son cœur au bord des larmes un peu souvent, je crois que ça arrive quand elle comprend; je la sens qui cherche quelque chose à laquelle se raccrocher et quand un moment d'autrefois caresse sa mémoire elle frémit de tristesse, ses souvenirs ont l'air froids et gris, je lui propose de les laisser là où ils sont.

Je rencontre Maud 94 ans, dynamique, alerte elle répète qu'elle n'a aucune dépendance (ce qui signifie qu'elle n'a pas besoin d'infirmier ou d'accompagnements spécifiques) elle en est très contente, lorsqu'elle me décrit la cuisine de son enfance, elle me parle d'une décoration SNCF, son père travaillait dans les trains à Rouen, immeuble de briques rouges. À ses côtés Claude, ancienne professeur de langue, 80 ans, elle aime les œufs au plat préparés avec amour, avant elle vivait à Londres depuis son arrivée en Bretagne elle survit comme elle dit. Maud et Claude me racontent qu'elles sont à part elles se suffisent à elle-même. Elles se sentent différentes et j'ai la sensation qu'elles aiment ça, selon elles leur différence tient dans le fait qu'elles ne sont pas d'ici (de Bretagne) donc elles n'ont rien à raconter aux autres, et puis elles ont plus voyagé... Elles aiment regarder le sport à la TV et discuter dans les couloirs. (C'est leur manière de me dire qu'elles ne gênent personne et qu'elles ne comprennent pas pourquoi on les remet dans leur chambre, je pense aux jeunes qui squattent aux bas des immeubles ou dans les cages d'escalier ! ) Maud et Claude, les terreurs! Voilà, aujourd'hui, on n'a pas trop causé cuisine, on continue à se découvrir. Ils me parlent de la vie à l'EHPAD, de leurs manières d'être aux autres, de leurs occupations. Je leur ai fait sentir les aromates, l'origan et la verveine ont fait l'unanimité côté odeur, impossible de leur faire manger une capucine( les fleurs ça ne se mangent pas c'est tout c'est comme ça ! ) Nous avons chanté, un peu. À la fin, je leurs ai joué deux morceaux d'accordéon, Marie Yvonne s'est mise à danser sur son siège. Quand je suis partie, j'ai croisé Yvette avec un membre de sa famille, elle venait de se faire faire un soin dentaire, alors pas de cookie ! Elle était toute belle et bien habillée, souriante et joyeuse malgré son mal de dents. Je suis passé par la braderie, j'ai croisé Pierre, on a ri, je lui ai donné un cookie, et puis Marcel, je lui ai aussi donné un cookie, alors il s'est mis à pleurer (vous vous souvenez fricthi #1 l'homme qui pleure quand il rit.)

Je leurs ai dit qu'ils m'avaient manqué et que j'avais hâte de les retrouver la fois prochaine.